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Dans l’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle, le philosophe Eric SADIN adopte une approche très critique de l’intelligence artificielle, et appelle à résister à cette révolution silencieuse.

De manière générale, votre livre sur l’intelligence artificielle, parle d’un « antihumanisme radical ». Comment définissez-vous cette notion ?

Eric Sadin : Depuis son origine, le rôle de l’informatique est de permettre un accès toujours plus aisé à l’information. Si aujourd’hui les technologies numériques continuent d’offrir ces fonctions, elles sont dorénavant dotées de la faculté d’orienter nos gestes. Cette dimension est particulièrement à l’œuvre depuis l’avènement des smartphones, et la génération des applications, qui a vu s’instaurer une sorte d’accompagnement continu de notre quotidien…/…

C’est le cas par exemple, avec l’application d’aide aux déplacement Waze, rachetée par Google en 2005-2006, et qui décrit en temps réel l’état du trafic et préconise de prendre tel itinéraire plutôt que tel autre. Le libre exercice de notre faculté de jugement se trouve peu à peu substitué par des systèmes destinés à infléchir nos décisions, principalement en vus de répondre à des intérêts privés. Il s’agit là d’une rupture juridico-politique majeure.

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Nous allons de plus en plus être guidés par des systèmes nous signalant en toute occasion la meilleure action à entreprendre et se présentant comme des administrateurs bien attentionnés de nos existences. C’est cela que j’appelle le « tournant injonctif » de la technique…

Extrait des propos d’Eric SADIN recueillis par Loup Besmond de Senneville, publiés dans le Journal La croix du 12 et 13 janvier 2019

Point de vue QF

Toutes les ruptures technologiques entraînent des peurs et des effets pervers. La révolution industrielle du 19ème siècle a entraîné une mutation radicale de nos sociétés en bien et en mal.

Qualité française ne prétend pas lutter contre le progrès technique ou dire « que c’était mieux avant ».  Les nouvelles technologies sont de merveilleuses opportunités lorsqu’elles sont bien utilisées. L’intelligence artificielle ne nous fait pas peur si elle est mise au service de l’homme.

Le danger est d’inverser les rôles lorsque l’homme obéit à la machine sans discernement. La machine doit rester un outil. La valeur centrale du progrès est la dignité de chacun.